Dessine-moi un débrief…

Il n’y a pas si longtemps, je me suis endormi sur la table d’un client, à mille milles de toutes les terres habitées. J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, à la fin de la réunion, quand une drôle de petite voix de client m’a réveillé. Elle disait:
– S’il te plaît… fais-moi quelque chose de fun et moderne !

Alors comme je ne suis pas St Ex et que je sais un minimum dessiner, j’ai représenté à mon client ce que pouvait évoquer pour moi les illustres notions de “fun” et “moderne”

Deux petits dessins, deux “mood boards” pour illustrer une infime partie des milliers d’idées qui précèdent ces mots qu’on échappe souvent maladroitement, faute de pouvoir clarifier sa pensée.

Comme vous le voyez, la modernité est une notion systématiquement contradictoire. En effet, de la propre définition du dictionnaire, est qualifié de “moderne” ce qui est actuel est contemporain. Or le ciel culturel d’aujourd’hui est une gigantesque collision d’aspirations et de nostalgies. Ainsi quand on parle de modernité, on entend futur, ultra-technologie…mais notre époque s’acharne pourtant à perpétuer la culture 70-80 de nos parents. On veut être moderne et innover, créer de la rupture…mais on aimerait reproduire, copier les succès de grandes marques emblématiques. On veut être moderne, bref dans la tendance…mais quelle tendance ? L’environnement ? Le digital ?

Même constat pour ce côté « Fun » que les annonceurs cherchent dans nos campagnes. Dois-je délirer ou créer de la connivence ? Une campagne fun ne serait-elle pas simplement une campagne en décalage avec les prises de paroles habituelles de la marque ? Le fun de Playstation est-il le même que celui de Mercedes ? Apple est-il fun ou plutôt intuitif…

J’ai ainsi vidé ce grand sac de doutes et de questionnement devant un de mes clients et ai déclenché en petit débat sur le sujet. Depuis, on continue à me demander du « fun » et du « moderne »…mais maintenant, on me fait aussi un dessin 😉

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2 réflexions sur « Dessine-moi un débrief… »

  1. Ce petit exercice, salutaire pour les clients et pour nous, est rafraîchissant quand on se laisse gagner par l’usure face aux briefs et aux demandes qui se répètent. Quelque soit la trivialité des sujets, Il nous rappelle la richesse de la matière langagière et conceptuelle sur laquelle on travaille. Barthes disait que l’image est par nature polysémique, en ce qu’elle ne peut proposer plusieurs interprétations. Mais ces « petiits dessins » montrent, s’il en était besoin, que la polysémie est aussi souvent le propre des mots et des concepts!

  2. Un réveil difficile, comme l’actualité nous le montre, peut provoquer une prise de conscience violente.
    L’utilisation de ces qualificatifs sans substance (auxquels je rajouterai l’incontournable « décalé ») montre bien toute l’importance de préserver la création des cadres de plus en plus rigides fixés par des décideurs à la vision verrouillée par l’habitude ou la tendance du moment.
    Les mots n’offrent malheureusement pas, de manière certaine, à voir les mêmes images puisque nous n’avons pas les mêmes références.

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