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Pooper ramasse les poncifs des startups pour vous

Depuis quelques jours, une nouvelle application (et oui encore une !) fait parler d’elle. Pooper, la bien nommée, est une application qui nous propose de laisser à un tiers le soin de ramasser les crottes de son chien et ainsi à l’individu désigné, de se faire un peu d’argent en devenant un ramasseur de merde connecté. Ben quoi ? « On n’est plus à une idée à la con près quand on parle de startup » semble dire la nouvelle jeune pousse…Sauf que Pooper est en réalité une fausse application voulant ainsi dénoncer les excès de l’uberisation. Une blague salvatrice qui nous propose de prendre un peu de recul – il était temps – sur ce nouveau mode de consommation délégant à outrance la moindre tâche.

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Mais au delà de la blague en elle-même et de la satire qu’elle fait du modèle sociétal connecté, Pooper est intéressante du seul point de vue de sa communication. La startup joue en effet une intox plus efficace que jamais en tenant un discours utilisant tous les grands piliers et ficelles identitaires des startups digitales. Alors c’est quoi le perfect pitch d’une startup aujourd’hui ? Séquence « fouille-merde » avec Pooper !

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Vous n’aviez pas ce problème ? Nous avons la solution !

L’origine de beaucoup de startups digitales vient souvent d’un vide serviciel voire même d’une absence totale de problématique. Ca n’existe pas, ça ne se fait pas…on ne sait pas si c’est indispensable ou même si c’est souhaité. Mais si on possède l’innovation (ou en tout cas l’idée marketing) qui pourrait passer un coup de surligneur sur ce vide, on va le faire car l’important c’est de le rendre absolument intolérable et donc la solution proposée totalement indispensable !

Le discours des startups et de leur marketing n’est ainsi plus la vente d’un produit mais celle d’une solution. La solution a ainsi cela d’avantageux qu’elle ne vient pas assouvir un désir ou un besoin, lesquels peuvent être raisonnés ou rationnalisés, mais régler un problème lequel est beaucoup plus dramatique !

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Ce que vous aimerez surtout ? Sa simplicité !

Pilier principal de Pooper et des jeunes acteurs de l’économie connectée : la simplicité ! Concept minimaliste, la simplicité est paradoxalement devenue la plus prestigieuse, la plus hype des formes de sophistications. Quoi de plus normal dans un monde digital de plus en plus complexe démultipliant en permanence interactions et points de contacts ! Se présenter en application simple, et mieux là encore, en application solution, c’est être la lumière au bout du tunnel des utilisateurs.

Mais ça ne s’arrête pas là. Aux yeux d’un client potentiel, l’idée de simplicité raisonne aussi en signature Stevejobienne, c’est-à-dire en résultat d’un énorme travail de réflexion et de remise en cause pour parvenir à purifier l’existence de tout superflu et ne garder que le meilleur, l’essentiel de l’expérience souhaitée. On ramasse la merde à votre place pour que vous vous concentriez sur la relation chérie entre vous et votre chien.

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Ne bougez pas, c’est activable depuis votre smartphone !

Vous l’avez compris : Le nouvel enjeu que veulent atteindre les startups connectées est de faire partie de la shortlist de la simplicité de chacun. Au 21ème siècle, on appelle ça un smartphone ! Véritable anneau de Sauron des temps modernes, le smartphone est devenu l’outil cristallisant toutes les interactions en un seul point. La promesse qui en découle est évidente : le sans-effort. Elle conditionne là aussi le discours qui place donc tous les bénéfices et services de la marque sous la main même de l’utilisateur. On ne ramasse plus ses crottes de chien mais on la zappe sans effort grâce à la télécommande universelle qu’est devenu le smartphone.

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Vous vous faites du pognon et vous rendez le monde meilleur

Une fois l’outil simple et sans effort présenté aux propriétaires de chiens, Pooper s’adresse aux ramasseurs potentiels en posant l’équation ultime : profit = bien être. A ce moment là, on sait tous que l’application flirte gravement l’inutilité voire le ridicule et que l’objectif de recrutement de ramasseurs est loin, très loin d’être gagné. Il s’agit alors de jouer sur tous les tableaux pour rendre l’application parfaitement honorable et faire taire d’éventuels détracteurs. « On va ramasser la merde des autres quand même ! »…Oui mais vous serez payés en retour ! « D’accord, mais c’est quand même de la merde »…Oui mais vous contribuez à une vie plus saine et utilisez des sacs (à merde) parfaitement écocompatibles !

Toutes les cases sont ainsi cochées. L’équation lève tous les freins et autorise tous les comportements. Plus que crédible, Pooper devient alors légitime.

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Venez, vous ne serez pas le seul à le faire !

Dernier pilier de Pooper et des startup connectées, la communauté. On hésite encore un peu à ramasser la merde des autres, même pour de l’argent ? Pourquoi ne pas rejoindre une bande de potes qui fait la même chose alors ! Face à l’innovation, il existe toujours le frein du pionnier qui est aussi celui du rapport aux autres. Que vont penser les autres si je suis le seul à le faire ? Télécharger Pooper et plus généralement, adopter un nouveau comportement, représente un risque qu’il m’est difficile d’assumer seul. Je veux que cette prise de risque soit collective afin qu’un échec éventuel soit celui d’un courant et pas d’une personne, en l’occurrence la mienne. Les startups connaissent intimement ce frein et proposent cette appartenance communautaire avec autant de force que leur solution technique.

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On le dit encore une fois : Pooper est une blague mais il semblerait que ses auteurs soient aujourd’hui dépassés par la performance de leur discours au point que les candidats « scoopers » (les ramasse-merde connectés potentiels donc) affluent par milliers sur leurs boîtes mail. Passeront-ils alors de la blague à la réalité ? Affaire à suivre…

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Le jeu du drapeau

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Connaissez-vous le jeu du drapeau ? C’est un grand classique de l’animation. Pratiqué en plein air par deux équipes séparées en deux camps par une corde, il propose à l’une et l’autre de s’affronter afin de ravir de drapeau de l’adversaire.

Ce jeu parfois pratiqué par des enfants, souvent par des militaires et pratiquement à chaque week-end de team building par des cadres en mal de performance ou de reconnaissance managériale, est un sport mondial.

Spécificité locale, il se distingue chez nous par son terrain : la communication et les médias. Les équipes quand à elles, sont la plupart du temps politiques mais peuvent s’ouvrir au pékin moyen sur les réseaux sociaux. Pour le reste, rien ne change on essaie toujours de s’approprier un drapeau…en l’occurrence ici : notre bon vieux tricolore.

La récupération du drapeau national comme « key visual » politique se veut en effet aujourd’hui essentielle si on veut affirmer sa portée politique. Sera écouté et légitimé des français celui qui en porte l’étendard.

Dès lors le match pour le symbole se joue à couteaux tirés…

Première mi-temps : Propriété initiale de la France, le drapeau national est, depuis l’arrivée de l’euro, récupéré par le parti de Jean-Marie Le Pen. Celui-ci le fait passer grâce aux mêmes trois couleurs et à son discours résolument nationaliste, pour le deuxième logo de sa formation politique. Le drapeau français devient le signe de la xénophobie et d’une France rétrograde.

En 2007, c’est la mi-temps. On note la tentative plus ridicule qu’efficace de Ségolène Royale de réappropriation républicaine de la bannière nationale. La leader socialiste demande alors que tous les français fassent flotter l’étendard chez eux mais rien n’y fait : l’objet reste l’avatar du FN. On ne peut plus lever le drapeau français sans passer pour un sympathisant frontiste.

Il faut attendre une deuxième mi-temps surprenante et cette soirée du 13 novembre 2015 avec ses fous de Daesh pour que le symbole soit restitué aux français et à leur inconsolable chagrin élevé en statut sur Facebook. Profitant de l’événement pour être plus Président de la République que jamais, François Hollande pavoise littéralement le temps d’un week-end. Il déchante une semaine après aux régionales devant un FN surpuissant, lequel faisant siennes à nouveau les trois inséparables couleurs pourtant redevenues il y a peu, celles de la tolérance et du vivre-ensemble.

Les marques n’ont plus aujourd’hui l’exclusivité de leurs symboles. McDo, Quick et Burger King se volent régulièrement le drapeau du hamburger, aliment fédérateur par excellence, par l’intermédiaire des citoyens consommateurs. Il en est donc de même pour la marque France, dépouillée de son drapeau par les partis et parmi eux, les plus extrêmes, et qui doit plus que jamais compter sur ses citoyens .

Le jeu du drapeau n’est donc pas fini, à vous de choisir ce dimanche dans quel camps il flottera.

How to ad

Il arrive, en de très rares occasions de plus en plus répétées je l’avoue, que je sois lassé de mon métier et de ce qu’il produit. Petit détail qui change tout, univers photoshopé, mécaniques sociales et réseausociales… les ficelles, il faut bien l’admettre, ne sont pas toujours grosses mais semblent néanmoins formatées, industrialisées comme si le consommateur ne pouvait adhérer qu’à un nombre limité de figures publicitaires.

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Et puis un beau jour : le coup de foudre. Je ne sais pas si les chaleurs estivales y ont été pour quelque chose, mais pris d’une pulsion d’infidélité aux clichés publicitaires, j’ai fait sa rencontre…Elle, la dernière campagne Cheerios « Howtodad »

Ceux qui me suivent sur Facebook savent que j’ai déjà maintes fois partagé cette aventure avec ma communauté. Certains ont approuvé mon engouement. D’autres se sont clairement demandés ce que je pouvais lui trouver à celle-là, cette pub de 2 minutes alors qu’on a déjà du mal à craquer pour une trente secondes…

Alors voilà…papa, maman…j’aime la dernière campagne Cheerios « Howtodad » mais j’ai je pense d’excellentes raisons :

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Une pub particulièrement insightée.

« Insightée », pour les quelques graphistes qui n’ont jamais approché de près ou de loin un planneur stratégique, cela veut dire à peu près « basée sur des vérités comportementales et des ressentis clients ». Un type d’approche créative qui crée beaucoup de proximité avec la cible. Cheerios joue en effet cette proximité étonnante avec le père de famille, mais attention, pas l’individu détaché des besognes du foyer, abruti par son travail voire abruti tout court et revenant chez lui le soir éreinté par une journée au bureau autant que l’ont été ses ancêtres sur les champs de bataille, et dont la femme gère encore héroïquement le foyer et sa carrière ; non un père plus aspirationnel se questionnant de plus en plus sur son rapport à sa famille et à son rôle dans l’éducation de ses enfants. C’est en cela, que ce how to dad, ne donne pas de leçon de paternité, mais de fierté à tous les pères qui ressentent le désir de donner un sens plus quotidien à leur titre.

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Une pub qui valorise autre chose que les femmes

Aaaaaaahhh !!!! Enfin une pub qui ne nous présente plus la femme comme la seule solution à nos problèmes ! On aurait pu s’y attendre remarquez, on parle ici d’une marque du petit déjeuner. Il aurait été convenu que la femme et son sein maternel soient d’office désignés pour être les lanceurs officiels du petit déjeuner de la marmaille…Mais non, c’est papa qui régale et qui prend le lead de la journée avec ses céréales et sa méthode « how to dad ». La mère n’est pas ridiculisée comme peut l’être le père dans beaucoup de films, mais fait partie de l’équipe encadrée par un père moteur du dynamisme familial. Ca change.

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Une pub qui fait acheter le produit sans en parler

Et puis vous auriez voulu qu’on dise quoi de nouveau sur des céréales au beurre de cacahuète ? Que c’est bon ? Que les gamins vont adorer ??? Cheerios ayant pitié de nous, la marque a plutôt décidé de nous raconter une histoire positive autour de ses consommateurs laquelle irradie le produit qui devient le moyen de devenir un père exemplaire. « Père exemplaire avec des céréales ? » Non bien sûr ne me faites pas dire ce que la marque ne dit pas. La marque nous vend ici des valeurs, des idéaux, une image de soi en tant que père. En clair, l’objectif c’est vendre des céréales, alors on parle à l’acheteur plutôt qu’à celui qui les consomme, logique non ? On lui dit que c’est quelqu’un de formidable et que le produit qu’il achètera complètera le portrait. Imparable !

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Une pub simple sans pirouette créative compliquée

Je ne sais pas si c’est un trop plein de visionnage de cas cannois, de decryptage de mécaniques promo ou d’activation mais j’ai eu l’impression de prendre un Maalox en regardant cette pub. Elle a agit en moi comme un vrai remède aux indigestions créatives par la simplicité de ce faux plan séquence très bien réalisé qui regarde ce père fier et heureux. A retenir : simplement regarder un consommateur heureux ça repose le DC que je suis et les consommateurs eux-mêmes. Mais attention, ce n’est pas une raison pour faire des visages crispés de bonheur des banques d’images, votre nouvelle religion ! La simplicité et le bonheur requièrent tout de même du talent…

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Une pub qui crée un élan et une adhésion

Allez là, c’est le père qui va parler. Oui cette pub m’a parlé, pas dans son image américaine, bien sûr, mais dans la façon dont elle adresse mon rôle de père. Rhooooo…alors je m’identifierais à cette image trop propre de chef d’une famille nombreuse, quadra, wasp avec résidence et driveway ? Vous vous dites : « c’est ça son idéal ? » Mais de qui n’est-ce pas l’idéal ? Plus sérieusement, c’est la valorisation du père, de ses responsabilités, de son leadership nécessaire qui fait tout l’adhésion et l’élan de cette campagne ! Tous ces doutes sur notre façon de faire, à défaut d’être considérés par les anciens et les autorités compétentes en la matière, le sont par la pub. Quoi de plus normal finalement dans une société de consommation ? Le père se retrouve dans le discours d’une marque puisqu’il ne trouve pas ses marques dans le discours de ses pairs.

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Une pub qui donne le sourire

La dernière raison, papa, maman pour laquelle j’aime Cheerios « how to dad » n’appartient justement pas à la raison mais à l’émotion pure. Un père attachant, sympatique qui fait copain-copain avec ses mômes sur une déclaration façon father-pride légère et souriante le tout servi sur un bon rock…faut l’admettre : ça l’a fait ! Et il subsiste encore, ce petit sourire d’un bon moment passé à regarder ce bon délire et à vous en parler. Bref, le contrat qu’on voudrait de base entre la pub et ses victimes !

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Reste un petit « mais »…Oui, une petite imperfection, un sentiment d’inachevé, une foirade qui rend le coup de foudre accessible : un hors media pitoyable réduisant la méthode « how to dad » à un tumblr approximatif. Car on aurait aimé un « left behind » plus élaboré sur la méthode Cheerios que tease avec talent ce film. Quel est l’agenda idéal du père ? Comment peut-on se faire coacher pour devenir ce père idéal sur son smart phone ? Les enfants ont-ils autour d’eux un père de ce style ? Peuvent-ils voter pour le désigner ? Cheerios rate le train du brand content, de l’interaction et des réseaux sociaux qui aurait véritablement donné vie à son concept. On ne va pas se mentir : j’aurais adoré compléter ce film d’une pédagogie aussi fun et pertinente que ne l’est cette copy.

Parce que ça mes amis…ça…this is how to ad !

Bonne année…bien cadrée !

Non parce qu’il faudrait voir à faire attention à ce qu’on dit en ce début d’année.

En effet, dans le buzz le plus médiatique du moment incarné par Dieudonné, si l’antisémitisme est reconnu comme le premier chef d’inculpation, « mise en danger de la liberté d’expression et de l’humour » pourrait bien être le deuxième.

Voilà que l’un des humoristes les plus drôles de ces dernières années (il faut bien l’avouer, je souris encore à la pensée de la « fine équipe du 11 » J ), voilà donc que notre Dieudo national décide aujourd’hui d’emprunter des chemins pour le moins douteux ciblant plus particulièrement la communauté juive et ses grands « manipulateurs banquiers esclavagistes».

Alors certains me diront qu’il n’y a dans cet événement rien de très extraordinaire. On pourrait presque au même titre, condamner par contumace Desproges, Coluche et se dire que leur très contemporain Gaspard Proust fait aussi choux gras de l’holocauste et du drame nazi. Un fond de commerce assez rentable tant nous savons que le moindre flirt avec ces tristes mémoires suffit à susciter l’attention des médias et en chacun de nous, cette petite gêne fertile en rires grinçants.

Seulement là où Dieudonné marque douloureusement sa différence c’est qu’il pervertit un ton, un métier, un statut qui l’autorisait à tout dire à la seule petite condition de conserver légèreté et ridicule. Jusqu’ici, l’humour était un pétard avec lequel il était permis de jouer sous réserve d’une certaine distance de sécurité avec  la réalité des choses et des personnes. Les humoristes étaient des artificiers de génie capables de lancer des bombes sans réellement blesser qui que ce soit. Dieudonné est ainsi passé du métier d’artificier à celui de terroriste, créant un rire engagé et menaçant. Une ambigüité qui n’est pas aujourd’hui sans mettre en danger les autres amuseurs que rassemble la catégorie « humour noir ».

Alors quel rapport avec la publicité, la communication commerciale ? A priori aucun. Mais la très récente campagne de l’ARPP nous rappelle, nous professionnels de la communication –et plus particulièrement nous les créatifs- au respect d’un certain « cadre ». Un cadre, je cite, «  déontologique pour le respect du consommateur » et j’occulte avec votre permission, le petit cadre souple des supports techniques.

Euh… On a dit ou lancé une campagne qu’il ne fallait pas ? Y-a-t’il dans notre métier un Dieudonné de la création qui aurait franchit la ligne rouge au point que nous soyons rappelés à l’ordre ?

Le scandale autour de Dieudonné et les gros yeux de l’ARPP ont ainsi d’abord en commun un calendrier qui souligne une époque sous tension, celle de la peur de la parole déplacée, du mot de trop qui risquerait froisser les sensibilités. Il y a ensuite ce questionnement sur le rôle de chacun : Dans quelle mesure un humoriste sort-il du « cadre » lorsque sa recherche d’audience et de succès le pousse à toujours plus de dérision ? La publicité ne devrait-elle pas uniquement vendre – entendre « montrer et faire la démonstration concrète du produit » – au lieu de risquer sortir du « cadre » lors de sauts créatifs trop audacieux voire provocants ?

Autant d’évènements médiatiques et de prises de parole officielles qui viennent une fois de plus, conditionner les choix des annonceurs préférant déjà et encore pour beaucoup, une campagne lissée et passe-partout qui ne risque aucune justification à une prise de parole risquée qui, à travers un débat ou une controverse, pourrait justement mettre marque et produits en valeur !

Cette année, je ne peux déjà plus l’encadrer.

Apprendre ou lasser

Déjà mi-septembre et les vacances sont déjà loin. Depuis longtemps, les valises de mes filles ont été remplacées par des cartables après le rituel plein de la rentrée au supermarché. Tiens, dans la foulée, j’en ai profité pour m’en acheter un moi aussi !

Un nouveau « requirement » du groupe américain pour lequel je travaille? Non, une initiative personnelle qui s’avère être d’ailleurs, plus une image qu’une vraie besace. Un état d’esprit d’écolier que je partage avec mes enfants dans un même objectif : apprendre.

Apprendre. Un paradoxe, surtout lorsque l’on est directeur de création et que l’on est sensé dispenser (voire étaler) sa science de la profession. Je devrais prendre un air accompli et énoncer froidement mes inébranlables vérités sur le marketing et la communication basée sur ma carrière de 15 ans. Mais voilà, aujourd’hui j’ose me présenter devant vous, chers clients, collaborateurs et internautes, en apprenti, en élève d’un marché et d’un métier que je ne connais finalement que très peu. Et finalement, quand on y réfléchit, comment pourrait-il en être autrement ?

Comment en effet peut-on avancer aujourd’hui dans ce métier avec autant d’immuables certitudes ? La démutiplication des canaux de communication engendrée par le digital, les incessantes avancées technologiques et les remises en causes récurrentes des valeurs sociales bouleversent en permanence les habitudes si longtemps empruntées par les publicitaires !

Ah il est loin le temps où l’on pouvait affirmer que le seul moyen de faire de la notoriété c’était de faire de la télé ; que le CRM c’était obligatoirement un mailing avec une lettre et 3 dépliants dans la même enveloppe…Qui aurait dit qu’aujourd’hui on peut faire la même chose sur une page Facebook ? Et qui pourra dire ça avec la même assurance dans un an ?

Agences et clients cherchent en vain des certitudes dans un monde marketing dominé par des tendances, des effets de mode, des courants. Il en résulte que ces best practices érigés en vérités bibliques s’avèrent n’être que des légendes éphémères. Je revis encore ces débats entre des « experts » du digital et mes équipes créatives à qui on martelait qu’on devait à tous prix respecter cette putain de ligne de flottaison en dessous de laquelle point de salut n’existait. Une image qui n’est pas sans rappeler celle plus moyenâgeuse d’une Terre plate bordée par une mer au delà de laquelle vous attendait selon la conviction de l’époque, le vide absolu…Et puis sont venus quelques vikings du digital, sans peur, qui ont ouvert de nouvelles voies en créant…le parallaxe ! On ouvrit ainsi la voie à un nouveau reflexe de navigation dans lequel l’internaute n’avait plus peur de scroller pour chercher du contenu et depuis on ne compte plus les sites construits sur ce schéma architectural.

C’est ainsi que nait l’apprentissage dans nos métiers : l’expérimentation d’une transgression.

Si vous ne voulez pas chaque jour remettre en cause vos certitudes de la veille, quittez ce métier. Si pour vous le digital a des règles bien précises, quittez ce métier. Si vous pensez bien connaître vos clients et les clients de vos clients, quittez ce métier. Si vous ne voulez pas sortir la campagne que personne ne veut faire, quittez ce métier. Si vous ne voulez pas échouer, quittez ce métier. Si votre expérience passée est pour vous plus importante que le pain que vous irez chercher à la boulangerie, quittez ce métier. Si au fond de vous, vous n’êtes plus un junior, quittez ce métier. Si vous ne voyez pas un intérêt dans chaque chose, quittez ce métier.

Le marketing et la communication n’ont de raison d’exister que par la compréhension des changements constants et la surprise que crée leur retranscription auprès du public.

C’est apprendre ou lasser.

Vrais gens…vraies caricatures ?

J’ai toujours eu un problème avec l’idée de montrer à tout prix de l’humain dans la pub. Cette idée que les consommateurs s’identifient aux personnages publicitaires en disant « oh, mais ça c’est moi ! » me semble tout à fait absurde !

C’est vrai, quand on y réfléchit bien : l’image de l’humain dans la communication a toujours été faussée. Bien loin d’un simple reflet de lui-même, l’humain dans la pub n’a jamais été le simple passant qu’il jouait…Permettez-moi quelques raccourcis à travers plusieurs décennies d’histoire publicitaire, afin de vous le démontrer.

Aux premiers temps de la réclame, l’homo publicitus était l’employé modèle des agences et de leurs annonceurs. Conseillant ses proches et s’adressant directement à l’objectif, il était ce bonimenteur, vendeur à l’étalage fier et convaincu de l’efficacité du produit. Il était le faire-valoir des marques, s’effaçant presque devant elles. Côté identification cible-personnage, on n’y était vraiment pas…

Pendant l’âge d’or des marques, que je situerais maladroitement dans les années 90-2000, l’humain ne vend plus mais se découvre dans une image idéale de lui-même au service de l’image de marque. Il devient ainsi la finalité et le produit, le moyen de l’atteindre. Beaucoup de femmes rêvaient d’être l’égérie L’Oréal mais la majeure partie d’entre elles restaient déséspérement Madame Michu. Mais bon, ça marchait !

Passé les années 2000, la crise pointe son nez et avec elle, une vision plus rationnelle de l’humain. C’est l’âge du « user » et de l’économie digitale. On se dit que l’humain ne rêve plus, qu’il passe son temps à réfléchir et à tout rationnaliser.

C’est de ce parti-pris, de mon point de vue, très pessimiste que nait « le vrai gens » : Un personnage simple et pragmatique avec lequel on voudrait créer une relation durable basée sur des deals clairs et non plus sur des projections inspirantes de sa personne.

Mais attention, son image est ici aussi extrêmement maîtrisée : décors modeste ou mieux : la rue, gros plans pour saisir une émotion sobre et sincère, coups de vent pour finir de décoiffer une coiffure volontairement approximative, jeu d’acteur semblant l’imperfection du débutant…Rien ne brille, c’est ça qui est brillant !

La vérité c’est que l’on créé ici une caricature de plus. Le vrai gens semble être aujourd’hui une créature de souffrance que les marques essaient de refléter dans un souci de compassion et donc de proximité. « Le montrer tel qu’il est, c’est montrer qu’on l’a compris ! «  peut-on entendre dans certaines réunions.

J’ai pour coutume de penser que ce n’est pas en ressemblant à l’autre qu’on le séduit. Les français, il est vrai, traversent une longue période de morosité et pour certaines marques, cela signifie la fin du rêve comme si il était obscène de montrer aux consommateurs une image valorisante ou trop inspirante d’eux-mêmes sachant qu’ils ont aujourd’hui de plus en plus de difficultés à la réaliser.

Le vrai gens est ainsi partout. Il a même été élu président de la république en mai dernier. S’affichant en « Président normal », François Hollande essaie de gommer avec difficulté tout le prestige lié à sa fonction pour, selon ses termes, « respecter les français ». Si l’intention est louable, la réalité reste marketing et communicationnelle. Il s’agit seulement de se différencier de son prédécesseur, « L’hyper gens » Nicolas Sarkozy. La stratégie a cependant son revers : En ces temps de crise et d’incertitude, a-t-on envie de suivre quelqu’un qui se banalise ? Est-on inspiré par quelqu’un qui s’acharne à démontrer qu’il n’a rien de plus que nous ?

Et justement, comme a chaque période de crise, un secteur tire aujourd’hui son épingle du jeu : le luxe ! Vous savez, ces images indécentes de créatures belles et sublimes qui étalent leur corps parfaitement photographiés sur des images irréelles ! Ces icônes lointaines pour lesquelles déboursent déjà ceux dont on a déjà décidé qu’ils ne devaient plus rêver, pas les « vrais gens » non, les gens c’est tout.

Old but true

Ils hantent la pub, les clips, le cinéma…Ils n’existent pratiquement plus dans la vie réelle mais restent des images extrêmement populaires parlant même aux jeunes générations.

Ils, ce sont les vinyles, les cassettes, les appareils photo polaroid ou encore ces appareils Lomo. Je trouve ces objets fascinants non pas par leurs atouts technologiques bien sûr, mais par la symbolique qu’ils véhiculent. Ils apparaissent en effet aujourd’hui comme les nouvelles icones d’une culture branchée face aux supports numériques plus « mainstream ».

Cette culture branchée indiscutablement empreinte de nostalgie qui semble vénérer ces objets comme autant de reliques des artistes des années 70-80. Un bon vinyle des Led Zepplin a aujourd’hui la valeur morale d’un CD de Mozart…le rétro est ainsi le label qualité de notre époque.

Mais peut-être plus que la notion de qualité, très disputée à juste titre par les évolutions digitales et numériques, c’est une recherche d’authenticité qui se profile derrière ces objets.

On le dit tous : la « vraie » bonne musique est née sur vinyle, les « vrais » bons photographes sont restés à l’argentique…Or quand on y réfléchit un peu, ces technologies étaient les fleurons technologiques de l’époque de nos parents et grands-parents ! Une époque pendant laquelle nous menions tous une existence d’enfant plutôt paisible, au milieu de ces objets du quotidien que nous agitons aujourd’hui comme autant de hochets à l’archaïsme attendrissant.

Aujourd’hui trentenaires et quadras, confrontés à la violence et aux responsabilités de nos vies d’adultes nous ne retrouvons plus cette richesse d’âme dans nos appareils photo numériques, nos tablettes et nos fichiers MP3. Pour nous, ils représentent un coût ou un outil informatique (de plus). Seuls nos enfants les brandiront sans doute comme les restes d’un temps bénit où l’on aimait feuilleter l’Ipad de papa sur ses genoux…

Le dernier dinosaure culturel fait aujourd’hui l’objet d’un combat presque perdu d’avance. Le livre et ses pages de papier font aujourd’hui face aux téléchargements chaque jour plus nombreux, au grand désespoir de Frederic Beigbeder, ancien créatif sans doute lui aussi nostalgique de son bon vieux print…