Performing Age

C’est le buzz du moment : un zombie remaquillé par L’Oréal ! Plus précisément – et plus esthétiquement aussi – Rick Genest dit Zombie Boy, body artist arborant un corps intégralement tatoué, apparaît dans une vidéo des plus étonnantes le montrant en pleine séance de démaquillage.

Vous allez me dire : n’importe quoi… Le tatouage coco, ça ne s’enlève pas ! Oui mais ça se dissimule avec Dermablend, marque de recouvrant cosmétique du groupe L’Oréal, révélant pour la première fois au grand public du web le véritable visage du Zombie Boy. Arborant d’abord une peau rose et immaculée (sous l’effet des produits de la marque), l’artiste se démaquille en direct pour redevenir le monstre graphique qu’il a consenti être !

Maquillage-démaquillage, tout y est dans ce qui devient beaucoup plus qu’une simple démo produit réalisée sur un mannequin que déjà les standards auraient préféré plus féminin et glamour !

En vérité, on observe ici l’une des nombreuses révolutions qu’engendre régulièrement le digital comme par exemple, celle de l’upgrade nécessaire de certaines figures publicitaires. Là où une démo produit restait efficace en télé, elle a dû se transformer en véritable performance sur internet pour atteindre des scores d’audience confortables.

J’entends bien sûr par performance, le « performing » anglo-saxon qui allie l’exécution au spectacle, c’est-à-dire une véritable mise en scène de la démonstration dont les enseignements sont ici multiples :

Un discours de preuve : On privilégie ici l’impact à l’identification en choisissant un « torture » mannequin et non l’image d’une beauté aspirationnelle ! A l’heure où les consommateurs sont de plus en plus demandeurs d’un discours de preuves et d’efficacité, à quoi servirait une égérie déjà flamboyante de beauté ? Zombie Boy était THE candidat idéal, capable de s’effacer si je puis dire, derrière l’efficacité du produit pour mieux l’incarner par la suite.

La stratégie du secret : Le produit n’est jamais filmé en gros plan…ce qui paradoxalement lui donne encore plus de force ! La pub télé classique a l’habitude de starifier un produit. Ici, bien au contraire, on passe son temps à le chercher ce qui le met encore plus en valeur. Finalement, il devient le « secret » de la performance, le truc du magicien que la marque finit par vous révéler.

Un traitement brut : On assiste à une mise en scène simple et directe ! Pas de démonstration 3D ou schématique de l’action des composants cellulaires des produits….Dermablend propose un témoignage brut et sans détour de son efficacité. La performance sort de la paraphrase séductrice pour être simplement évidente !

Un contexte décalé : On sort de l’aspiration première de la beauté. C’est là qu’est sans doute le point de force de ce type de rhétorique publicitaire. La performance raconte une autre histoire : « t’as vu le monstre tatoué qui se démaquille ? », une histoire plus impactante et plus mémorisable. La performance réside aussi dans l’exploit de faire vivre (sans bien sûr faire un fake !) le plus produit et ses attributs…dans un contexte où on ne l’attend pas !

Un objectif de buzz évident : Le dernier enseignement conditionnant finalement tous les autres : On a imaginé une performance, un exploit ayant pour but un vrai buzz plutôt que la simple assimilation/pédagogie des plus produits. C’est peut-être là, le retour de la vraie pub, divertissante et spectaculaire, la pub qui faisait parler dans les cours d’école et devant les machines à café.

Alors Dermablend est-elle un exemple unique, je ne le crois pas. Visionnez aussi la performance de Faber Castel reproduisant un tableau d’un seul trait !

Dessine-moi un débrief…

Il n’y a pas si longtemps, je me suis endormi sur la table d’un client, à mille milles de toutes les terres habitées. J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, à la fin de la réunion, quand une drôle de petite voix de client m’a réveillé. Elle disait:
– S’il te plaît… fais-moi quelque chose de fun et moderne !

Alors comme je ne suis pas St Ex et que je sais un minimum dessiner, j’ai représenté à mon client ce que pouvait évoquer pour moi les illustres notions de “fun” et “moderne”

Deux petits dessins, deux “mood boards” pour illustrer une infime partie des milliers d’idées qui précèdent ces mots qu’on échappe souvent maladroitement, faute de pouvoir clarifier sa pensée.

Comme vous le voyez, la modernité est une notion systématiquement contradictoire. En effet, de la propre définition du dictionnaire, est qualifié de “moderne” ce qui est actuel est contemporain. Or le ciel culturel d’aujourd’hui est une gigantesque collision d’aspirations et de nostalgies. Ainsi quand on parle de modernité, on entend futur, ultra-technologie…mais notre époque s’acharne pourtant à perpétuer la culture 70-80 de nos parents. On veut être moderne et innover, créer de la rupture…mais on aimerait reproduire, copier les succès de grandes marques emblématiques. On veut être moderne, bref dans la tendance…mais quelle tendance ? L’environnement ? Le digital ?

Même constat pour ce côté « Fun » que les annonceurs cherchent dans nos campagnes. Dois-je délirer ou créer de la connivence ? Une campagne fun ne serait-elle pas simplement une campagne en décalage avec les prises de paroles habituelles de la marque ? Le fun de Playstation est-il le même que celui de Mercedes ? Apple est-il fun ou plutôt intuitif…

J’ai ainsi vidé ce grand sac de doutes et de questionnement devant un de mes clients et ai déclenché en petit débat sur le sujet. Depuis, on continue à me demander du « fun » et du « moderne »…mais maintenant, on me fait aussi un dessin 😉

Old but true

Ils hantent la pub, les clips, le cinéma…Ils n’existent pratiquement plus dans la vie réelle mais restent des images extrêmement populaires parlant même aux jeunes générations.

Ils, ce sont les vinyles, les cassettes, les appareils photo polaroid ou encore ces appareils Lomo. Je trouve ces objets fascinants non pas par leurs atouts technologiques bien sûr, mais par la symbolique qu’ils véhiculent. Ils apparaissent en effet aujourd’hui comme les nouvelles icones d’une culture branchée face aux supports numériques plus « mainstream ».

Cette culture branchée indiscutablement empreinte de nostalgie qui semble vénérer ces objets comme autant de reliques des artistes des années 70-80. Un bon vinyle des Led Zepplin a aujourd’hui la valeur morale d’un CD de Mozart…le rétro est ainsi le label qualité de notre époque.

Mais peut-être plus que la notion de qualité, très disputée à juste titre par les évolutions digitales et numériques, c’est une recherche d’authenticité qui se profile derrière ces objets.

On le dit tous : la « vraie » bonne musique est née sur vinyle, les « vrais » bons photographes sont restés à l’argentique…Or quand on y réfléchit un peu, ces technologies étaient les fleurons technologiques de l’époque de nos parents et grands-parents ! Une époque pendant laquelle nous menions tous une existence d’enfant plutôt paisible, au milieu de ces objets du quotidien que nous agitons aujourd’hui comme autant de hochets à l’archaïsme attendrissant.

Aujourd’hui trentenaires et quadras, confrontés à la violence et aux responsabilités de nos vies d’adultes nous ne retrouvons plus cette richesse d’âme dans nos appareils photo numériques, nos tablettes et nos fichiers MP3. Pour nous, ils représentent un coût ou un outil informatique (de plus). Seuls nos enfants les brandiront sans doute comme les restes d’un temps bénit où l’on aimait feuilleter l’Ipad de papa sur ses genoux…

Le dernier dinosaure culturel fait aujourd’hui l’objet d’un combat presque perdu d’avance. Le livre et ses pages de papier font aujourd’hui face aux téléchargements chaque jour plus nombreux, au grand désespoir de Frederic Beigbeder, ancien créatif sans doute lui aussi nostalgique de son bon vieux print…

Galaxie BtoBC en vue !

Quand on aborde la stratégie des média et des moyens, on capitalise presque toujours sur des recettes classiques…média de masse online, offline, marketing direct, réseaux sociaux…bref, des autoroutes à messages publicitaires fréquentées par de trop nombreux annonceurs.

Pourtant il existe encore un monde de marketing encore inexploré… Une galaxie très semblable à la notre peuplée de cibles, captives et réceptives, postées plusieurs heures par jour devant leurs ordinateurs : la galaxie intranet !

Si l’on s’en réfère à leur stricte définition, les intranets sont des outils de communication interne. A priori donc peu de chance de voir émerger une autre marque que celle de l’entreprise émettrice. Pourtant, à travers leurs refontes récentes, les intranets se sont vus progressivement évoluer vers de véritables hubs fédérant toutes les interactions quotidiennes des salariés, quelles soient professionnelles, pratiques ou divertissantes…tout est fait aujourd’hui pour faire de l’intranet un véritable espace personnel prenant en compte le bien être de l’individu, ses attentes personnelles, ses liens sociaux et ainsi le fidéliser un peu plus à l’entreprise.

Une fusion du perso et du corporate qui me permet de filer au passage quelques coups de canif à la traditionnelle segmentation BTOB et BTOC qui affirme encore qu’il existe une cible « pro » qui sans doute par un procédé biochimique encore inexpliqué, se transforme en consommateur lambda passé 18h…

Partant donc de cette nouvelle perspective BTOBC (Business to Business-Consumer), on pourrait facilement imaginer dépasser la dimension originelle du statut de l’intranet…

Quid d’y faire intervenir des marques complémentaires à celle de l’entreprise ? D’imaginer la mise en avant de marques proposant des services et des offres ciblées améliorant le quotidien des salariés et ce sur tous les plans (professionnels, pratiques et loisirs…)

De même qu’il existe un « esprit d’entreprise » auquel les salariés se réfèrent et correspondent préalablement à leur embauche, il doit être possible de dessiner un profil du consommateur type de l’entreprise et ainsi de lui adjoindre un certain nombre de marques avec lesquelles il aurait une affinité particulière.

Qui est la salariée-consommatrice de L’Oréal ? Quelles sont les marques préférées du collaborateur-shopper de Microsoft ? Demandez-leur, ils sont sûrement déjà connectés à leur intranet…

Mon réseau social lave-t-il plus blanc ?

2002 naissance de Facebook, le plus grand réseau social au monde valorisé aujourd’hui à près de 70 milliards de dollars. Et voilà qu’arrive maintenant Google+, son wannabe alter ego !

La raison ? Une simple réaction de concurrent. Un peu comme un lessivier qui sort une lessive pour contrer un autre lessivier et lui prendre des parts de marché.

Google sort donc sa nouvelle lessive – qui comme celle de son concurrent – est un réseau social qui met en relation des gens entre eux. Il y a des différences, certains diraient même des « + » produits…mais un réseau social est-il un produit comme un autre ?

Sachant que je base toute ma vie connectée sur Facebook, que j’ai passé plusieurs années à créer mon réseau de « friends » sur Facebook et que Facebook est devenu depuis bientôt 10 ans l’égal du bistrot d’à côté où une majorité d’internautes vient spontanément se retrouver parfois plusieurs heures par jour…pensez-vous vraiment que je vais changer mes habitudes, mes repères, mes contraintes pour quelques « + » ???

Créer un nouveau réseau social pour simplement laver un peu plus blanc que son concurrent ne relève pas de l’intérêt de l’utilisateur. Intérêt pour un site comme Facebook qui réside je le pense dans son caractère essentiel, c’est-à-dire fondateur d’une interaction unique et structurante. Proposer le même type d’interaction impliquant quasiment la même communauté que Facebook revient en vérité à ne susciter autour de Google+ qu’un intérêt très accessoire. En clair : je tenterai l’expérience de créer mes cercles d’amis, mais il est peu probable que je les fasse vivre car ils ne sont que des clones quelque peu améliorés de ma communauté virtuelle d’origine !

Ajouté au constat de la baisse généralisée de la fréquentation des réseaux sociaux, on ne peut qu’émettre des doutes quand au succès de la nouvelle plateforme de Google.

Les sites qui lavent plus blanc, à force c’est lessivant…

Est-ce que je plais à ma marque ?

C’est peut-être la question que devront peut-être bientôt se poser les consommateurs !

La marque Abercrombie & Fitch vient en effet de demander expressément à Mike « The Situation » Sorrentino, un jeune playboy de la télé réalité américaine, de ne plus porter ses vêtements…et propose même de le payer afin qu’il s’exécute ! La marque estimant subir un « préjudice significatif » de la part du jeune homme bodybuildé et de son attitude pendant le show.

Vous vous rendez compte ? Moi qui croyais pendant toutes ces années que c’était le rôle exclusif des marques de séduire les consommateurs, me voilà contraint de me poser clairement la question de ma légitimité à utiliser un Iphone, de porter un Levi’s et de commencer à établir un bilan objectif de ma carrière afin de déterminer si oui ou non, à l’approche de la retraite, j’aurai suffisamment réussi ma vie afin d’arborer à mon poignet sans la ternir, une Rolex.

Devrons-nous bientôt instaurer un principe de jouissance de marque au mérite ? Les marques sont elles là pour rehausser notre image ou pour affirmer un statut ? Et que penser de cette belle jeunesse de banlieue vivant dans la sermi entre les murs de la téci se faisant parfois courser par les keufs en conduisant…BMW et Mercedes. Les constructeurs allemands comme d’autres marques, ont-ils véritablement les moyens d’être aussi select au niveau de leurs cibles dans un contexte de crise et d’objectifs financiers toujours plus hauts ?

Une petite discussion avec Eric Bertin, Directeur des Stratégies et mon partenaire de jeu privilégié chez BusinessLab, m’a aussi amené à une autre analyse de la réaction d’Abercrombie :

Il faudrait en effet y voir une véritable réaction de courage de la marque. Abercrombie serait l’une des premières marques réellement couillues à revenir sur le devant de la scène avec un vrai projet et une vraie vision qui leur est propre. Des marques s’affranchissant quelques peu de l’emprise communautaire pour dire un grand « merde » à leurs clients et aux icônes qui les représentent pour regagner l’indépendance d’esprit et la singularité qui ont fait leur succès.

Plus la marque me repousse, plus elle m’aime ? Je me demande s’il n’est pas plus facile de comprendre les femmes finalement…

Retour aux origines

Je suis allé voir la Planète des Singes, les origines. Une nouvelle sortie cinéma qui s’inscrit dans le genre très actuel des films-genèses des grandes figures du cinéma.

Depuis Star Wars Episode 1 traitant de l’avènement de Dark Vador, cet angle narratif continue de passer en revue le « making of » de toutes les super destinées des comics américains. Superman, Spiderman, Daredevil, les Xmen…les scénaristes semblent s’intéresser aujourd’hui beaucoup plus aux bouleversements qui les ont créés qu’à la façon dont ils vont sauver le monde.

Une simple tendance cinématographique ? Pas si sûr. Si on remonte jusqu’aux années 90, on rencontre le concept de traçabilité venu éclairer le mystère de la vache folle et démasquant désormais tous les morceaux de viandes ne dévoilant spontanément pas les noms de leurs fermiers.

D’où ça vient ? Par où c’est passé ? Devons-nous et pouvons-nous faire confiance ? Du sauveur mythique jusqu’au morceau de viande, tout doit maintenant être démasqué, clarifié, expliqué car plus aucun mystère ou sentiment bienveillant ne doit rester dans l’ombre.

C’est un fait : Nous ne supportons plus que les choses nous dépassent. L’excitation de l’imaginaire est devenue la pire des tortures…Vive la désacralisation !

Le danger réside bien sûr dans l’explication des dites origines. Faute d’être vraie, elle peut être basée sur une approche marketing consistant à fournir une origine conforme aux attentes de l’auditoire et donc frôler dangereusement le révisionnisme. On me raconte ce que je veux entendre et j’en suis très heureux…même si je ne suis pas sûr que ce soit la vérité.

Quid alors des super-marques ? Quid de leurs origines ? Depuis quelques années, celles d’Apple sont compilées dans de nombreux livres traitant des méthodes de travail de Steeve Jobs. L’histoire du créateur et sa personnalité expliquant les miracles technologiques dont le monde entier est friand.

Mais d’autres révélations sur les origines sont plus problématiques. Un autre film, The Social Network, a ainsi terni l’image de Mark Zuckerberg et de Facebook. Le scénario des origines du réseau social par excellence et de la soi-disant crédulité de son inventeur quant à son succès a révélé un personnage plutôt calculateur et spéculateur.

L’origine des marques peut ainsi les faire passer du statut de super-héroïne à super-vilaine. On comprend mieux alors pourquoi Coca-Cola hésiterait à révéler sa lointaine origine de détergent…

J’ai une ou deux théories…

On me demande parfois de citer une ou plusieurs campagnes que j’aurais aimé faire. Une campagne bluffante qui serait le reflet de ma personnalité ou de ce pourquoi je fais ce métier.

Il est difficile de choisir cette campagne dans l’océan des créations trop imagées de la publicité ou dans la surenchère des effets visuels et technologiques de la pub web…A bien y réfléchir, tout cela manque beaucoup d’humanité, de simplicité, d’évidence…

Non, il faut aller chercher dans le web contributif pour trouver la campagne que je regrette de ne pas avoir signée. Je ne connais pas son palmarès mais elle mériterait au moins pour moi le Lion du siècle ou un ATFWA (All Time Favourite Website Award 😉 : Thefuntheory.com…je suis sûr que vous la connaissez !

Alors voilà… Voilà ce qui me donne envie de faire ce métier. Voilà la campagne qui vérifie toutes mes théories professionnelles :

Interroger, c’est sensibiliser en profondeur

Je crois que c’est le premier enseignement de cette campagne : ne plus simplement raisonner dans une logique d’impact mais d’appropriation du message ! Dans une logique d’impact, la réaction de la cible me semble être superficielle : j’aime, j’aime pas, j’achète ou pas…Ici, Volkswagen interpelle l’internaute et lui propose d’aller plus loin et d’interpréter le message. L’intelligence est ici sollicitée, le message mieux ancré dans l’esprit de l’individu et la trace laissée beaucoup beaucoup plus profonde !

Il y a plus à gagner à travailler avec des acteurs qu’avec des cibles

La conséquence de capitaliser sur l’intelligence de la cible fait que nous n’avons désormais plus affaire à une cible…mais à un acteur interactif et participatif. On ne va pas ressasser les principes du dépassé 2.0 mais il est temps je crois de trouver au mot « cible » une alternative plus appropriée à nos briefs aujourd’hui devenus pour la plupart social oriented. Preuve en est dans la Fun Theory : Les internautes sont ici les seuls auteurs de la pub Volkswagen, les seuls concepteurs rédacteurs prolongeant le message de la marque en contribution véritablement créatives et structurantes.

Faites leur faire de la pub…C’est comme ça qu’ils l’aimeront !

On se plaint souvent, nous publicitaires, d’exercer un métier malaimé, rejeté, critiqué. Et quelle meilleure idée pour faire aimer la pub que d’en faire faire aux gens !? On dit souvent que les « consommateurs » n’ont pas d’idées or on le voit bien avec nos clients : le nombre de créatifs refoulés est énorme et les outils de finalisation (photographie, PAO,…) de plus en plus vulgarisés. Je pense dès lors que les créatifs ne doivent plus se positionner en musiciens virtuoses de la création mais en compositeurs et chefs d’orchestre de l’ensemble créatif immense que représente Internet et ses contributeurs amateurs !

Mieux qu’une image différente, une expérience différente !

Ce qui distingue ce genre de campagne d’autres campagnes simplement « belles » c’est bien l’expérience de marque qu’elle propose, c’est-à-dire le rapport particulier que la marque entretient avec les individus. Solliciter les internautes sur un sujet, les inciter à créer et réfléchir plutôt que simplement les exposer à un message marketing est une vraie expérience différenciante et segmentante. Là aussi, je pense qu’il faut aujourd’hui penser plus au type d’échange que l’on pourrait créer entre un consommateur et sa marque qu’au simple message publicitaire qui s’inscrit finalement dans une relation marque-client très standard.

Etre nouveau et évident

La dernière théorie tient à la nature même du concept funtheory : nouveau et évident ! Il est nouveau, dans un contexte où règne le pragmatisme et la rationnalité, d’affirmer que les gens seraient plus sensibles aux messages s’ils s’amusaient avec…et pourtant quelle évidence dans les créations proposées et le ressenti ! Qui n’emprunterait pas l’escalier piano plutôt qu’un banal escalator ?

CQFD…C’est comme Ca Qu’il Faut se Démarquer !

La Stratégie du Vilain Petit Canard

Dimanche dernier, je me suis risqué à voir « La Conquête ». On devrait prendre des risques plus souvent…

Le film de Xavier Durringer avec Denis Podalydès est en effet un petit bijou de réalisation et surtout d’incarnation – pas d’imitation – de Nicolas Sarkozy et des méandres de la politique française. Ceci dit, n’étant pas critique de cinéma, je n’irai pas plus loin dans l’analyse cinématographique.

Non, ce que je trouve admirable, c’est finalement le formidable spot de pub – ou mieux : film de propagande – qu’il représente pour notre président. Certains diront qu’ils voient difficilement une quelconque propagande honorable dans le portrait d’un homme colérique, égoïste, détesté de tous et qui préfère son ambition politique à sa femme. Or c’est précisément, ce portrait miséreux et malheureux de Sarkozy arrivant finalement au pouvoir, qui rend le film efficace. Le secret : Sarkozy réussit ici en se positionnant en vilain petit canard.

Car quel est véritablement le scénario de La Conquête sinon celui d’un homme, au départ rejeté des plus hautes instances du pouvoir et qui, à force de volonté et de détermination, devient le cygne flamboyant le soir d’une élection triomphante ?

En publicitaire, j’ai ainsi vu La Conquête comme un grand et beau film de marque. La marque Sarkozy, aujourd’hui en grande difficulté, qui à défaut d’apporter de nouveaux bénéfices produits concluants, réaffirme son histoire, sa philosophie et tout ce qui a fait son succès.

(Attention, loin de moi cependant l’idée que le film ait été commandité par l’intéressé et blâmé soit le hasard du calendrier qui fait que la sortie du film advienne au moment où la droite s’apprête à repartir en campagne…Je vois le mal partout ? Oui mais que voulez-vous, Nicolas Sarkozy a tellement placé son image et son règne au cœur des média et des opérations de marketing, que plus aucune biographie ou allusion à sa personne ne peut être pris pour autre chose qu’une action de communication, donc de marque.)

Sarkozy est donc une marque qui, à travers cette stratégie du vilain petit canard, parvient à nous attendrir avec ses faiblesses et ses combats. Plongeant le spectateur dans son intimité, elle se recréé une humanité et donc une proximité avec ses consommateurs. On se prend alors à aimer la marque Sarkozy, notre vilain petit canard à nous, comme nous…

Ainsi, on aura ainsi beau lui reprocher ses résultats et sa gestion, Sarkozy restera la marque de la détermination et de la volonté envers et contre tout. Des valeurs que récupèreraient bien beaucoup de marques, lesquelles ne refuseraient pas non plus un spot de pub d’1h30 !

Nicolas Sarkozy, we try harder !

Les « Plus » du Canal illustratif

La publicité pour un produit peut-elle être plus intéressante que le produit lui-même ? L’agence BETC et Canal Plus apportent la preuve que oui avec une campagne d’affiches aussi drôles qu’interpelantes.

En les regardant avec les yeux d’un marketeux, on a d’abord envie de se dire « mais qu’ils sont cons ! Pourquoi n’ont ils pas simplement profité de la notoriété existante des vraies affiches des films au lieu d’en refaire d’autres, en dépensant en plus du pognon en achat d’illustration !? »

Ce que ça peut être con un marketeux…

Et puis plus on regarde ces affiches, plus on se dit qu’elles sont rares les « vraies » affiches impactantes, directes et créatives comme celles-ci. L’utilisation de l’illustration y est je crois pour beaucoup. 3 raisons expliquent ce véritable « plus » du canal illustratif…

Je crois tout d’abord que l’illustration offre une signature graphique plus singulière que la photo. A travers sa captation de la réalité, la photo est par essence plus limitée que l’illustration qui offre une véritable interprétation du sujet tant dans la forme que dans les couleurs. La patte de l’illustrateur est de ce fait plus solennelle et unique. Elle est beaucoup plus remarquable.

Ensuite, de par son manque de réalisme, l’illustration capitalise beaucoup plus sur l’imaginaire du public. Cet effort demandé est de ce fait très bénéfique au story telling et offre dans les messages les plus directs comme ici, une richesse de projection et d’appropriation extraordinaire. Ce qu’il y a ainsi de formidable dans le travail de BETC, c’est que l’agence a prolongé l’histoire des films en créant une espèce de bonus publicitaire au film. Aidée par une excellente rédaction, la campagne ne fait plus la simple publicité du film, elle l’interprète au prisme de la marque et donc l’enrichit.

Enfin et surtout, l’illustration, nous invitant à la fois à la simplicité et  au retour à nos dessins d’enfant, offre au message et à l’affiche une énorme plus-value de popularité.

Côté agence, cet exercice a l’avantage de répondre brillamment à une contrainte récurrente chez certaines agences : le zéro achat d’art.

Je ne sais en effet si la campagne Canal Plus a été réalisée par un illustrateur, je sais par contre qu’elle est à la portée de nombreux graphistes et DA salariés d’agences et un peu calés sur Illustrator !

Outre l’économie de moyen, la possibilité d’un « home made » offerte par l’illustration ouvre ainsi l’opportunité de renforcer la patte créative de l’agence et par là, de la rendre même exclusive !

Ne plus être un simple donneur d’ordres mais reprendre la main sur l’exécution, c’est peut-être là le nouvel intérêt à faire de la création !

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