Cambrioleurs Rédacteurs et Détourneurs Artistiques

Notre métier n’en finit donc pas d’évoluer et de se métamorphoser !

Une preuve de plus aujourd’hui avec un nouveau stade franchi en matière de plagiat. A certains dirigeants (jamais créatifs précisons-le) qui avançaient qu’une idée appartenait à tout le monde, Joe la Pompe avait déjà répondu par un site compilation de toutes les grandes inspirations « partagées ».

Nouveau, si j’ose dire : De gentils créatifs uruguayens ont récemment publié dans Ads of the world, une annonce sur les dangers de l’alcoolisme, composée simplement d’une photo volée sur le site d’un team de photographes français http://laetitiaandsebastien.blogspot.com et agréementée d’une baseline, tout ce qu’il y a de plus basique !

1) On ne saurait tout d’abord encourager Ads of the World à plus de vigilance quant à la nature des travaux qu’il publie

2) On ne peut faire autrement que de condamner et définitivement blacklister les « créatifs » qui par l’utilisation frauduleuse de cette photo, envoient plusieurs messages :

– ils n’ont aucun talent. A la limite, ça c’est pas pas trop grave pour le métier…

– une idée ne vaut rien et le travail des artistes pas plus…je peux les utiliser à ma guise sans aucune autorisation.

– Il n’est plus nécessaire d’acheter l’art…et donc à terme, de rémunérer les créatifs, voire même les agences !

– les patrons d’agence précédemment cités ont raison : cette photo, publiée à l’origine dans un magazine de mode pour la promotion d’une ligne de vêtements…peut très bien servir aussi à dénoncer les méfaits de l’alcool. Par extension, on peut donc légitimement penser qu’une seule et même campagne pourrait servir à deux produits…concurrents, pourquoi pas ?

– Internet est un formidable moyen de faire connaître son travail…et donc de se le faire voler malheureusement…

J’ai pleinement conscience d’enfoncer une nouvelle fois la porte ouverte de la défense de la valeur créative. Peu importe, elle est mon gagne-pain, ma propre valeur et c’est le caractère exclusif de mes créations qui fait mon salaire. De tels actes perpétrés par ces Cambrioleurs Rédacteurs et Détourneurs Artistiques sont des vols purs et simples qui devraient donc être considérés comme tels par la justice.

A quand le Hadopi de la pub ?

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Quand je serai grand, je serai petite !

Les métiers ont leurs saisons. Si le secteur industriel traverse aujourd’hui un véritable hiver économique, il faut croire que c’est  le printemps pour la communication ! Regardez de plus près sur notre vieille branche professionnelle…regardez éclore par dizaines ces bourgeons d’agence fraîchement créées.

Fini l’attirance légendaire des grandes agences parisiennes ! Nombre de créatifs, planeurs et commerciaux quittent leurs bureaux feutrés pour se lancer dans la grande aventure de l’entreprise à travers leurs propres structures !

Leurs raisons sont diverses : licenciement récent, besoin d’indépendance, nouvelle offre… il n’en demeure pas moins une prise de conscience forte de la part de ces jeunes patrons : celle de leur capacité à servir un annonceur avec le même niveau de qualité et d’exigence qu’une grande agence…et avec des coûts beaucoup moins élevés.

Dès lors on en vient à remettre en cause l’évolution même des grandes agences, devenues au fil du temps et de leurs développement, de véritables « usines » de traitement des demandes clients. Elles qui à leurs débuts cultivaient un rapport intime entre un créatif publicitaire et un président, les voilà aujourd’hui grands groupes de com sur-hierarchisés produisant industriellement du contenu pour des clients-annonceurs presque anonymes au sein de leurs grands bureaux au design impeccable…

On comprend aisément la brèche qui s’ouvre pour ces nouvelles micro-agences presque dédiées, à cause de leur taille, à un nombre de clients limité : Opportunité d’un rapport privilégié, d’une proximité accrue avec le client mais aussi et surtout, recentrage sur le métier originel de l’agence : le consulting, créatif et/ou stratégique, complété par la seule maîtrise d’œuvre de prestataires extérieurs spécialisés.

On souhaite donc bon vent à ces jeunes pousses prometteuses qui refaçonnent le marché et redonnent ses lettres de noblesse à la profession. On leur souhaite un bon et prospère développement en n’oubliant cependant pas ce paradoxe qui fait aujourd’hui leur force : celui précisément de ne pas être développé !

Logorama, oscar du meilleur court métrage…anti-pub ?

J’ai été subjugué, comme le jury des Oscars 2010, par l’incroyable Logorama du collectif H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain)

Véritable travail de création et de précision, ce court-métrage nous plonge dans un monde de marques et de logos au cœur d’une intrigue, et c’est sans doute là le vrai message du film, apocalyptique.

Car si la performance d’assemblage de milliers de logos nous offre tout d’abord l’image d’un monde merveilleux plein de références et de tentations, l’overdose de marques qu’elle représente, nous renvoie à notre propre ressenti de consommateur : Trop de logos, trop de marques, trop de pubs…

Ainsi Logorama exagère volontairement l’abondance des marques à tel point qu’on est en droit de se demander si cette fable publicitaire ne serait pas au fond tout simplement…anti-pub !

L’être humain occidental est quotidiennement la cible de plusieurs milliers de messages et de sollicitations publicitaires que la vision d’une mini jupe ou l’attention nécessaire d’un feu rouge ponctuent de quelques trop rares respirations. Dans sa démarche, Logorama nous plonge ainsi la tête la première dans notre tsunami quotidien de marques mais cette fois-ci sans le moindre répit.

On finit le film la bouche pleine et on se rappelle avec regret que les marques sont ces délicieux gâteaux au chocolat que l’on aime désirer, convoiter, savourer mais que l’on vomit si l’on en absorbe en trop grosse quantité. La leçon boulimique de Logorama est sévère mais finalement salvatrice pour les publicitaires que nous sommes : sachez servir les marques avec finesse, donnez à chacune d’elle l’espace suffisant pour s’exprimer mais gare aux excès de promotions, d’exposition et qui ont tôt fait de transformer l’attrait en rejet…

Et si justement, on ne devait pas plaire à tout le monde ?

La publicité a souvent misé sur le consensus, la monosémie, l’unanimité pour convaincre. De même, elle s’est toujours voulue être le reflet de nos réalités contemporaines…Aujourd’hui, avec la nouvelle campagne de l’association des non fumeurs signée BDDP&fils, je me pose de nouvelles questions sur ces principes. Questions que je souhaitais partager avec vous.

Et s’il ne suffisait plus de montrer la réalité pour être efficace ?

En matière de communication commerciale ou préventive, on croit souvent qu’il faut avoir un langage juste – c’est-à-dire, au plus proche de la réalité de la cible. Cette démarche rassure l’annonceur qui croit, en illustrant le plus fidèlement possible son client, sécuriser son investissement publicitaire. Ainsi aurait-on peut-être préféré montrer un énième cancéreux, une paire de poumons carbonisés…so what ? La réalité, comme indiscutable argument, est-elle toujours à même de faire réagir, de provoquer le passage à l’acte ou la prise de conscience souhaitée ? Aujourd’hui, l’atrocité de la vie ne fait plus recette. On regarde le 20h sans autre émoi que celui provoqué par la résignation. Le tabac tue : c’est une information comme une autre. Or, de part sa vocation créative, la publicité a les moyens de dépasser cette information si stérile pour illustrer une réalité plus attractive et plus stimulante. La mise en scène de BDDP&fils fait précisément ce travail en nous présentant une réalité parodiée, donc avec beaucoup plus de caractère, d’aspérités…et ainsi un terrain plus fertile à la prise de conscience.

Et si l’ambiguïté était plus fédératrice qu’un message unique ?

L’une des astuces de cette campagne est aussi d’évoquer d’autres sujets que le tabac…pour indirectement, mieux parler de celui du tabac ! Cette création à l’ambiguïté si décriée a ravivé des débats plus décalés sur la violence sexuelle, la jeunesse, la pédophilie et a ainsi attiré les réactions d’associations et de porte paroles aussi nouveaux qu’inattendus. Tous condamnaient cette campagne parce qu’elle parlait d’un sujet qui ne la concernait pas et donc tous ont ainsi fait de leur propre cause…une tribune du problème de la dépendance tabagique. La polysémie cristallisant alors tous les débats pour le bien d’une campagne !

Et si la polémique était la seule vraie publicité ?

Ou donc, comme je le mettais en titre, si pour être efficace, nous avions obligation de déplaire ? Notre métier n’a de cesse de chercher l’amour du public, l’agrément de nos campagnes alors que ce que demandent nos annonceurs est une réaction !

La campagne de BDDP&fils fait ici preuve d’un professionnalisme exceptionnel en remplissant un objectif d’impact et ce, à la différence de beaucoup de campagnes de sensibilisation trop bien élevées à l’esthétisme complaisant mais malheureusement jamais dérangeant.

On en vœux à votre concurrent !

Je vous ai déjà souhaité la bonne année ? Non ? Alors laissez-moi vous souhaiter le meilleur : la fin de votre concurrent !

Imaginez tous les plans que vous mettez en œuvre chaque année, tous les efforts que vous entreprenez, toutes les douleurs que vous souffrez pour être le seul, l’unique sur votre marché ou votre secteur…être enfin couronnés de succès par la vision idyllique de la disparition de votre plus grand rival en 2012 !

C’est tout ce que vous souhaitent d’avance Business Lab et moi-même sur http://www.monconcurrenten2012.com

Destinés aux annonceurs clients ou prospects de l’agence, ces vœux se veulent être le petit défouloir de ce début d’année. « Mauvais goût » diront certains. « Pur insight ! » vous répondrai-je en leur permettant d’assouvir, ce qui ne reste qu’un fantasme…

Allez, bonne année à tous…même à mes concurrents 😉

L’œuvre de Walt Disney ne vaut sans doute pas plus de 85 dollars

C’est étonnant voire terrifiant je sais mais Mickey, le petit chef d’œuvre qui forgea toute la notoriété et la puissance de l’empire Disney ne vaut pas plus de 85 dollars.

C’est en tout cas la conclusion d’une équipe créative de TBWA qui a voulu dénoncer dans un petit film home made, les ravages de la vente d’une idée au temps passé !

Ce n’est pas la première fois que je m’exprime sur ce sujet (et ce ne sera pas je crois la dernière…) mais il est urgent de mettre un terme à cette industrialisation de notre métier et de nos « produits » créatifs, qui consiste à ne faire payer que le temps passé à l’exécution.

En cette nouvelle année, je fais tout d’abord le vœu d’une rémunération de l’idée en dehors de celle encore légitime de son exécution.

Je fais ensuite le vœu d’une rémunération axée sur un potentiel de résultats. Potentiel qui, au regard de toutes les études qui précèdent aujourd’hui le travail créatif, est parfaitement définissable :

  • Son potentiel de réponse par rapport à une problématique précise
  • Son potentiel d’agrément de la cible au regard de sa nature et de son univers
  • Son potentiel de déclinaison sur différents types de supports et de média tout en gardant une cohérence tout au long de la campagne
  • Son potentiel de développement pour la marque ( est-ce que cette idée va simplement booster les ventes ou propulser ma marque vers un étage supérieur ?)

Certains diront que je remplace une mesure par une autre…mais je crois qu’il faut servir aux analystes marketing (qui composent aujourd’hui la plupart de nos clients) un langage qu’ils comprennent !

Vous l’avez compris : l’heure est au tout mesurable et si on ne peut effectivement « mesurer » une idée, sachons lui adjoindre, comme argument de vente, cette capacité étudiée et réfléchie à développer le business des marques.

Bonne année à tous !

Tentative de websuicide

Si comme moi vous êtes parfois frappé d’un éclair de lucidité sur le vide de votre existence et qu’il vous semble que ça ne peut plus continuer ainsi, sachez que le suicide existe…

Wow, j’en vois déjà qui allument le gaz…Je veux bien sûr parler de votre existence numérique sur les media sociaux. Celle de Facebook, Twitter, My space et Linked in qui se substitue de plus en plus à votre vie réelle privée et professionnelle.

Pour en finir donc, rendez-vous sur  http://www.suicidemachine.org

le mini-site application qui vous désinscrit instantanément du média social de votre choix.

Avouez-le : Votre vie numérique, de part la somme des échanges et des interactivités qu’elle propose, a fini par vous extraire du monde réel. Les patrons furent d’ailleurs les premiers à en parler en dénonçant de sérieuses pertes de productivité dues à la vie 2.0 de leurs collaborateurs pendant leur temps de travail.

Productivité mise à part, c’est surtout des limites des média sociaux dont témoigne ce mini site. Leur grande force a longtemps principalement résidé dans leur promesse : celle d’être en connivence avec le monde entier. Une perspective prometteuse sur laquelle se sont jetés de nombreux annonceurs et agences, espérant créer un nouveau lien avec leurs consommateurs.

Hors si la connexion numérique existe, il semble que votre friend sur Facebook ne soit pas forcément votre ami dans la vraie vie ! Certains groupes d’affinité sur Facebook soulignaient même cette réalité en s’appelant « J’ai plus de 100 amis sur Facebook mais je bouffe toujours tout seul à la cantine ».

D’où sans doute la désillusion du 2.0 et la tentation du websuicide…

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